Sport et médias, question d'intérêt (1/3)
Depuis les années trente, le sport et la télévision grandissent côte á côte. Des Jeux Olympiques de Berlin en 1936 à nos jours, ce couple n'a cessé d'évoluer au point d'arriver aujourd'hui à une relation d'interdépendance.
En effet, si on prend l'exemple du football en Belgique, on remarque l'importance que reflètent les droits de retransmission télévisée aux yeux des clubs professionnels. La survie des ces derniers en dépend. C'est pour cette raison que certains clubs, à l'image du Sporting d'Anderlecht ou du Standard de Liège menacent la ligue de vendre leur droit de retransmission séparément afin de toucher un butin plus important. Quant aux grands groupes de médias, le sport leur offre une audience importante garantie, et par la même occasion des revenus publicitaires très intéressants.
Cette course effrénée à l'audience est également une source de conflits entre ces deux entités. La télévision a formaté au fil du temps certains sports, et ce afin de les rendre plus attractifs. L'exemple récent de la natation l'atteste. Afin d'obtenir un taux d'écoute supérieur en Europe, les chaînes détentrices des droits de diffusion ont fait pression afin de postposer les finales des Jeux Olympiques de Pékin le matin. Ceci malgré une forte opposition de la par des spécialistes de la discipline. Selon Wladimir Andreff et Jean François Nys les résultats des athlètes sont inférieurs le matin. « Les sportifs de haut niveau ne réalisent pas les mêmes performances. Le réveil psychologique est lent. Un sauteur à la perche habitué à franchir 5,50 mètres atteint difficilement 5,20 mètres le matin[1] ».
Cette relation « amour- haine » m'a amené à me poser la question suivante : Quelles sont les influences de la télévision sur le sport ?
Pour répondre à cette interrogation, je vais tout d'abord présenter un bref historique de la relation entre le sport et la télévision. Ensuite, j'expliquerai les avantages que cette relation peut apporter tant pour le média cathodique que pour les différentes disciplines dont je parle dans ce travail. Après avoir fait le point sur les avantages de cette union, je ferais le tour de ses inconvénients et des risques que celle-ci comporte.
L'histoire commune qui rassemble le sport et la télévision a démarré il y a plus de septante ans. Cette relation était avant tout économique et financière. En effet, l'un des premiers sports à accéder aux recettes provenant des droits de retransmission télévisée fut le baseball aux Etats-Unis, avec 18.000 dollars de droits perçus en 1933. Au niveau international, les Jeux Olympiques furent la première grande manifestation à faire l'objet d'une couverture télévisée lors des très controversés Jeux de Berlin en 1936. Au cours de cet événement, seize journées d'émissions en direct furent réalisées[2].
La télévision a l'avantage, contrairement à la presse écrite, de donner l'information en direct. Elle va très vite revendiquer et prendre une place de choix dans la couverture des évènements sportifs[3].
Les sociétés sportives y trouvent également leur bonheur. « Les patrons des plus grandes disciplines du sport ont vite compris que Dame Télé pouvait être à la fois une découvreuse de talents et une usine à fric. Portés par des imprésarios qui venaient faire leur pelote, ils ont négocié, au cours d'années fastueuses, les apparitions sur l'écran de chaque événement d'importance[4] ».
Certains événements sportifs, comme la Coupe du monde ou la Coupe d'Europe vont se développer grâce à la montée du sport télévisé.
Pour la télévision, l'intérêt est double. Tout d'abord, le sport est un gisement d'audience très intéressant. Ensuite, il est un véritable laboratoire pour le média cathodique. En effet, l'histoire du direct et des moyens techniques en télévision passe inévitablement par le sport: 1948, premier direct au parc des Princes pour l'arrivée du Tour de France; 1954, le zoom fait son entrée dans les stades; 1967, apparition du ralenti ; et un an plus tard, la couleur apparaît lors des Jeux de Grenoble. On pourrait ajouter également l'utilisation de l'hélicoptère et des motos pour les prises de vues lors des compétitions cyclistes ou encore la superposition d'images[5].
Au fil du temps, la relation entre le sport et la télévision s'est développée et s'est renforcée sans cesse. Ce long cheminement, qui dure depuis une septantaine d'années, leur a permis de devenir de plus en plus interdépendant l'un de l'autre.
[1] ANDREFF W. et NYS J.-F., Le sport et la télévision : relations économiques : pluralité d'intérêt et sources d'ambiguïtés, Dalloz, Paris, 1987, p.92
[2] Ibid., p.11
[3] DEREZE G., Société et sport : Sport(s) et médias, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles, 2000, p.18
[4] POISEUL B., Les liaisons dangereuses du football et de la télévision, coll. « les écrits de l'image », nº7, 1995, p.42
[5] DEREZE G., op. cit., p.18