Sport et médias, question d'intérêt (3/3)
La télévision offre différents avantages au supporter. Si on prend l'exemple du football, la petite lucarne propose chaque semaine des matchs en direct, en différé ou encore des rediffusions. Pour le fan, plus besoin de se déplacer au stade. Il peut rester au chaud chez lui dans son fauteuil à l'abri des intempéries. Il n'aura, par la même occasion, pas besoin de dépenser l'argent pour le billet d'entrée. De plus, le spectateur se voit offrir une place de choix pour pouvoir analyser le match comme il le souhaite. A l'aide des nombreuses caméras qui bordent le terrain ainsi que des ralentis, il pourra visionner les actions dans les meilleures conditions possibles.
Mais la télévision vide-t-elle les stades pour autant ? Même si elle permet au spectateur d'être au cœur de l'action, elle ne lui permet pas de sentir l'ambiance du stade, de pouvoir communier avec les autres « aficionados ». Pour Gérard Derèze, il est impossible de répondre objectivement à cette question. Selon lui, aucune étude chiffrée ne montre de corrélation incontestable[1]. En Belgique, par exemple, la fréquentation des stades a légèrement augmentée ces dernières années. Cette saison, il y a eu 206.971 spectateurs de plus dans les stades par rapport à la saison précédente. Néanmoins, on observe que les supporters se déplacent pour les grands matchs et préfèrent rester chez eux lorsque l'affiche parait moins alléchante.
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Le sport et les médias n'ont pas les mêmes objectifs. Certains conflits peuvent naître suite à cette opposition de point de vue. D'un coté, il y a le journaliste qui a pour mission d'informer les téléspectateurs. Et de l'autre, il y a les joueurs, les clubs ainsi que les fédérations. Leur but est de communiquer une image positive d'eux même afin de s'attirer des sponsors et du public[2]. C'est pour cette raison que les associations sportives estiment que les journalistes doivent effectuer un travail de propagande afin d'améliorer l'image de marque de leur sport. Cette publicité est néanmoins inconciliable avec le profession de journalisme. Celui-ci se doit d'apporter des informations objectives et de qualité. C'est pour cette raison que des conflits éclatent, à l'image du mutisme dans la presse de certains joueurs de football après avoir découvert un article qui ne leur a pas plu.
La télévision, de par son format, ses horaires et ses exigences, peut entraîner des modifications des règles du jeu et du déroulement des compétitions. Les instances dirigeantes du sport, hautement médiatisés, sont contraintes de s'adapter malgré un risque de dénaturation de leur discipline.
Les modifications apportées aux règles du jeu sont multiples. En tennis, la règle du tie-break fait son apparition en 1971 afin de diminuer la longueur des matchs et de mieux contrôler leur durée[3]. Dans le même ordre d'idées, le tennis de table a connu il y a quelques années une révolution de son règlement. Les sets sont passés de vingt-et-un points à onze, le poids de la balle a été augmenté et la hauteur du filet a été rehaussée afin de rendre les échanges plus lents.
Les médias ont eu également la volonté de s'attaquer aux formats et aux horaires des compétitions. Pour les Jeux Olympiques de Pékin, les chaînes détentrices des droits de diffusion ont obtenu satisfaction afin de postposer les finales de natation le matin malgré une opposition farouche de la part des professionnels de la discipline. Le football n'échappe pas non plus à la règle. La plus grande épreuve continentale, la Champions League, a connu en 1994 une refonte complète du format de la compétition. Le système mis en place favorise les rencontres entre clubs prestigieux, au détriment des petits pays.
Certains sportifs, à l'image de l'entraîneur français d'Arsenal, Arsène Wenger, sont assez pessimistes quant à l'évolution de leur discipline. « Avec les télés, le football ressemblera-t-il à la variété? Un spectacle qui doit forcément être beau, bien vendu? Il se posera le problème de rendre le football plus attractif, plus vendeur. Plus vendeur, ça veut dire plus de buts. Et là, il n'y a pas trente-six solutions. Les statistiques ont prouvé qu'agrandir les buts permettrait de marquer un but en plus tous les trois matchs et demi. C'est sans effet. Alors, il y a la solution de jouer à dix. C'est envisageable, on n'y viendra peut être[4] »
On a pu remarquer dans la partie sur les intérêts de la télévision que l'audience était essentielle pour la survie d'une chaîne. Pour cette raison, les sports peu ou pas porteur d'audience sont condamnés a rester dans l'oubli. Dans l'espoir d'être diffusés certaines disciplines vont puiser dans leur portefeuille. « Les sports en recherche de notoriété médiatique sont prêts à investir dans les retransmissions télévisées en vue d'une rentabilisation symbolique et commerciale à plus long terme. Certains se cassent les dents, tandis que d'autres tirent profit de cette stratégie et effectuent un véritable saut dans la « classe des grands », en devenant, à leur tour, « porteurs d'audience » et donc « bénéficiaires » de droits de retransmission. Le cas du basket, si nous l'observons sur les dix ou quinze dernières années, est révélateur de cette stratégie et de ce passage[5] ».
Il est également intéressant d'observer qu'il n'y a pas de corrélation entre la diffusion d'un sport et le nombre de licenciés dans cette discipline. Des sports tels que la natation ou le judo sont peu diffusés sur nos antennes mais leur nombre d'affiliés est assez important. A contrario, les sports moteurs tel que la Formule 1 sont relativement télédiffusés et pourtant le nombre de pratiquants est assez faible.
Le sport a lié son avenir à la télévision depuis bien longtemps. Avec la petite lucarne, on est passé du « sport - loisir » au « sport - spectacle ». Les aspects économiques ont pris le pas sur les aspects purement sportifs.
Cette relation octroie à chacun des avantages très intéressants. Le sport apporte des téléspectateurs et de la publicité, tandis que les médias permettent la promotion de la discipline, et par la même occasion attirent les sponsors.
La télévision va également largement financer le sport grâce aux droits de retransmission télévisée. Au fil des années, ce butin va augmenter et va être une des sources principales du budget de certains clubs ou fédérations sportives. Cette manne financière va devenir tellement importante dans certains sports qu'elle leur permettra de survivre.
Bien que cette union à permis à certaines disciplines, à l'image du football, de se développer, on remarque que des inconvénients viennent entacher ce mariage. La course à l'audience a amené les médias à modifier des épreuves sportives. Afin d'attirer un maximum de monde devant son écran, ils en sont venus à toucher au règlement, voir au format de quelques sports. L'exemple du tennis de table qui a subi une refonte complète de son règlement est très interpellant mais il n'est pas le seul.
Un autre effet négatif de cette relation se situe au niveau des sports de « faibles écoutes » tel que le pentathlon moderne, l'haltérophilie ou la lutte gréco-romaine par exemple. Il s'agit ici d'un effet pervers de la promotion du sport. Les disciplines ne figurant pas sur nos antennes se voient condamnés à rester dans l'oubli. De plus, ne bénéficiant pas de revenus émanant des droits de retransmission, ces « petits sports » n'ont dés lors que peut de chance de se développer.
En conclusion, « si les intérêts du sport et de la télévision convergent pour quelques disciplines sportives (le football et le tennis notamment), ils peuvent aussi être contradictoires, précisément au moment où une discipline aurait le plus besoin d'un soutient médiatique, c'est à dire lorsque ses effectifs et son audience régressent. C'est souvent le moment même où la télévision s'en désintéresse[6] ».
[1] DEREZE G., op. cit., p.39
[2] DE GHELLINCK D'ELSEGHEM A., op. cit., p. 22
[3] DEREZE G., op. cit., p.36
[4] L'Équipe, 04-01-00.
[5] DEREZE G., op. cit., p.33
[6] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.98