Sport et médias, question d'intérêt (2/3)

Publié le par P.J.

 

 

L'audience

 

« La télévision est intéressée par le sport car c'est un gisement d'audience[1] ». Il y a quelques années, cette affirmation aurait été impensable. Si on prend l'exemple de la Belgique, le paysage audiovisuel n'était constitué que de deux chaînes publiques : la BRT pour le nord du pays et la RTBF pour les francophones. « Le service public avait pour mission d'informer les auditeurs, de les distraire et de les éduquer. A cette époque, l'audience n'était pas une priorité »[2]. Dans les années quatre-vingt, les choses vont changer avec l'arrivée des chaînes privées ainsi que des chaînes cryptées. Ces différents médias sont financés essentiellement par la publicité, et cet apport financier dépend bien évidemment des scores d'audiences réalisées. Cette dépendance a poussé les chaînes de télévision à se lancer dans une course effrénée afin de pouvoir diffuser l'événement qui leur offrira le nombre de téléspectateurs espéré.

 

La publicité

 

Pour les chaînes de télévision, diffuser du sport leur permet avant tout d'obtenir un maximum de recettes publicitaires. La programmation d'événements sportifs  leur assure une audience importante. Elle garantit par la même occasion des revenus très intéressants, car le prix de passage des annonces est bien évidemment proportionnel au nombre de téléspectateurs escompté. Aux Etats-Unis, le groupe audiovisuel NBC a annoncé le prix d'un spot publicitaire de 30 secondes pour le plus grand événement sportif de l'année : le Super Bowl 2009 (finale du championnat de football américain). Celui-ci s'élève à 3 millions de dollars. Autrement dit 64.683 euros la seconde de diffusion. Ce qui équivaut à une augmentation de 11% par rapport à l'année 2008.

 

 

 

Les droits de retransmission

 

Depuis plus de vingt ans, les droits de retransmission télévisée pour les évènements sportifs n'ont cessé s'augmenter. L'avènement des chaînes numériques dans le paysage audiovisuel a bouleversé le sport en général et le football en particulier.

En prenant l'exemple du sport roi,  « on remarque que cet apport financier contribue pour une grande partie au budget des clubs et des associations nationales. Selon une étude de médiamétrie, dans la liste des dix audiences sportives télévisées les plus élevées dans 47 pays du monde, le football est cité à 353 reprises (sur un total de 470), dont 230 concernent la juteuse Coupe du monde[3] ».

Le football attire les foules et les chaînes n'hésitent pas à dénouer les cordons de la bourse afin de satisfaire leur public. Au cours de la saison 2006-2007, la ligue des champions a engendré près de 580 millions d'euro de droits de retransmission télévisée[4]. Cette somme est attribuée aux clubs selon leur résultat. Le Milan A.C., par exemple, vainqueur de cette édition a empoché pas moins de trente neuf millions et demi d'euros.

 Au niveau national, les championnats les plus huppés sont bien évidemment les mieux rétribués. A titre d'exemple, la ligue nationale française a renouvelé le contrat télé pour la période 2008-2012. Celui-ci a été attribué conjointement à Canal+ et Orange pour la modique somme de 668 millions d'euros. Une grande partie de ce montant sera rétribué aux équipes du championnat. Les clubs les plus riches sont donc ceux qui proviennent des pays au sein desquels les prix des droits de retransmission sont les plus élevés[5].

Ce système pose problème car il crée un fossé de plus en plus grand entre les grandes et les petites nations. En Belgique, le précédent contrat des droits TV était revenu entièrement à Belgacom TV pour 36 millions d'euros. On devrait connaître le 19 mai prochain le montant du nouveau contrat pour les trois prochaines saisons mais celui-ci ne devrait pas dépasser les cent millions d'euros. Un montant qui s'avère encore relativement faible par rapport aux sommes astronomiques qui sont négociées dans les nations du top européen.

 

 

Classement du chiffre d'affaire 2006-2007 en millions d'euros



1.  Real Madrid 351

2.  Manchester United 315,2

3.  FC Barcelone 290,1

4.  Chelsea 283

5.  Arsenal 263,9

6.  AC Milan 227,2

7.  Bayern Munich 223,3

8.  Liverpool 198,9

9.  Inter Milan 195

10. AS Rome 157,6

11. Tottenham 153,1

12. Juventus Turin 145,2

13.  Lyon 140,6

14.  Newcastle United 129,4

15.  Hambourg SV 120,4

16.  Schalke 04 114,3

17. Celtic Glasgow 111,8

18. Valence CF 107,6

19  Marseille  99

20. Werder Brême 97,3

Dans ce classement, on remarque que les clubs proviennent des cinq championnats les plus rémunérateurs, hormis le Celtic de Glasgow. Il est intéressant, également, de constater que le top cinq est composé de trois anglais et de deux espagnols. En Angleterre, pour la période 2007-2010, les droits de retransmissions  ont été vendus pour 986 millions d'euros par saison. Quant aux espagnols, ils ont tous les deux vendu leurs droits séparément. Ils ont chacun obtenu plus d'un milliards d'euros auprès de la maison de production Médiapro pour une durée de sept an.

 

La promotion

 

La télévision possède des qualités indéniables. « Elle peut jouer un rôle promotionnel favorable au sport à travers trois types d'incidence : une amélioration de l'image d'un sport, une stimulation de la demande de spectacle sportif et un développement de la pratique sportive[6] ». Plus un sport est diffusé, plus il sera pratiqué. Par exemple, lorsque qu'anciennement Justine Henin et Kim Clijsters se retrouvaient en finale d'un grand chelem le dimanche, de nouveau adhérents venaient garnir les clubs de tennis le lundi. Idem pour le cyclisme où chaque année durant la première quinzaine de juillet, les vélos refont leur apparition sur nos routes lors du Tour de France.

 

 

Les sponsors

 

Le mariage entre les chaînes de télévision et le sport n'a pas seulement apporté à ce dernier une manne financière très intéressante. Cette union offre aux athlètes, aux clubs et aux fédérations l'opportunité de tirer profit de leur image. En effet, leur présence régulière sur le petit écran attire les sponsors. Ceux-ci sont prêts à soutenir les différentes disciplines et à y investir des sommes énormes. A titre d'exemple, le joueur anglais des Los Angeles Galaxy, David Beckham touche 31 millions d'euros par saison. La part des revenus provenant du sponsoring  est estimée à 25 millions. Pour les différentes marques, l'intérêt se situe dans le nombre d'apparition de leur poulain à la télévision. Mais ce système condamne les sports peu ou pas médiatisés. Pour Eric Maitrot, il s'agir là d'un cercle vicieux. « Pas de télé, pas de sponsors ; pas de sponsors, pas d'argent ; pas d'argent, pas de champions ; pas de champions, pas de télé[7] ».



[1] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.37

[2] DE GHELLINCK D'ELSEGHEM A., L'impact économique de la télévision  sur le football professionnel en Belgique, UCL, Louvain-la-Neuve, 2002, p.44

[3] La Dernière Heure - Les Sports, 08-12-99

[4] Source: UEFA

[5]Voir le classement des clubs les plus riche du monde publié par Deloitte & Touche en 2007

[6] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.63

[7] MAITROT E., Sport et télé : les liaisons secrètes, Flammarion, Paris, 1995, p.305


 

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