Création du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (2/2)
PARTIE II : La pérennisation des opérations préexistantes
L'AJP et les JFB étaient également préoccupés par la pérennisation de leurs actions en matière d'éducation aux médias, à savoir respectivement "Journalistes en classe" (B) et "Ouvrir mon quotidien" (A).
A) "Ouvrir mon quotidien"
L'opération "Ouvrir mon quotidien" est menée par les JFB.
Les objectifs d'une telle opération sont évidemment multiples mais il importe d'en mettre plus particulièrement deux en exergue.
Le premier objectif s'inscrit dans la perspective d'une éducation à la citoyenneté active et du développement de l'esprit critique des élèves. Recevoir et consulter chaque jour plusieurs quotidiens différents aide à aiguiser la curiosité des élèves, à les ouvrir sur le monde, proche ou lointain, et à les mettre en contact avec l'actualité. Cela permet également de comparer de manière précise les informations proposées, la façon de les traiter et de les représenter. Il s'agit là assurément d'une facette importante de l'éducation aux médias, elle-même composante indispensable d'une éducation citoyenne globale.
Le deuxième objectif rencontre la nécessité d'accorder la priorité aux apprentissages de base, socles des acquisitions ultérieures, et tout particulièrement à la lecture. Les journaux proposent des écrits diversifiés autant dans la variété des sujets traités que dans la façon de les aborder. Ils constituent donc autant de supports à partir desquels les compétences relatives à la lecture et à la compréhension des textes pourront être développées.
Le projet de décret, dans son article 26, indique que chaque année est organisée en Communauté
française une initiative d'éducation aux médias portant sur la presse quotidienne et à l'achat par la Communauté française au maximum à la moitié de leur prix de vente au détail, de journaux quotidiens mis gratuitement à disposition des établissements scolaires de l'enseignement fondamental et secondaire, ordinaires et spécialisés, organisés ou subventionnés par la Communauté française, des services d'accrochage scolaires, des centres d'aide en milieu ouvert, des écoles de devoirs, des centres d'alphabétisation, des bibliothèques publiques ainsi que des associations d'éducation permanente actives dans le domaine de l'éducation aux médias en Communauté française.
Le même article indique que le Gouvernement désigne, après avis du Conseil Supérieur, pour une période de cinq ans renouvelable, un opérateur chargé de mettre en oeuvre l'initiative. Il donne aussi les critères auxquels l'opérateur doit répondre, et fixe à un montant annuel minimal de 515 000 € les crédits consacrés à l'initiative.
B) Journalistes en classe
Lancée et coordonnée par l'AJP, l'opération "Journalistes en classe" a pour objectif de permettre à des journalistes professionnels (presse écrite et audiovisuelle) de présenter activement leur métier en classe, à la demande des enseignants, et d'accompagner par leur témoignage les projets d'éducation aux médias.
Pour toucher un public le plus large possible, l'opération s'adresse aux classes de 5ème et 6ème primaire (en partenariat avec l'opération "Ouvrir mon quotidien"), ainsi qu'aux étudiants du secondaire et du supérieur, tous réseaux confondus. Elle bénéficie du soutien de la Ministre en charge de l'enseignement en Communauté française et est développée en concertation avec le CEM.
L'élargissement de l'opération "Ouvrir mon quotidien" à l'enseignement secondaire dès la rentrée 2006 a montré combien il est important de faire des élèves, des jeunes citoyens éclairés et éduqués au décodage des médias plus que présents dans notre société.
La rencontre avec les journalistes, assurée par l'opération "Journaliste en Classe", apporte une dimension supplémentaire à ce nouvel élan d'éducation aux médias.
Les intervenants sont tous des journalistes professionnels agréés et membres de l'AJP, salariés ou indépendants. L'effectif de volontaires comporte des représentants de tous les types de médias (presse écrite, parlée, audiovisuelle, en ligne), couvrant la plupart des activités de la profession (rédacteur, journaliste-présentateur, photographe, secrétaire de rédaction, cameraman, chef d'édition, etc.) et des matières rédactionnelles.
Plutôt que de proposer une animation standard et donc forcément lacunaire, il est apparu préférable de s'adapter aux demandes des enseignants. Celles-ci peuvent notamment porter sur une initiation au monde des médias, l'approche du métier de journaliste ou d'une de ses facettes, l'approfondissement d'un sujet d'actualité et/ou l'aide à la réalisation d'un média scolaire.
Chaque année, les professeurs inscrits reçoivent avant le début de l'opération un matériel pédagogique d'éducation au média " presse quotidienne ", à savoir: le Dossier pédagogique (1 par professeur) et le Journal de bord (1 par élève et 1 par professeur). Outre ces matériels pédagogiques, des formations à destination des professeurs (de la 4ème à la 6ème primaire) sont organisées par les trois Centres de ressources en éducation aux médias : Média Animation pour le réseau libre, le Centre d'Autoformation et de Formation continuée pour le réseau de la Communauté française et le Centre Audiovisuel Liège pour le réseau officiel subventionné.
Concernant l'implication de l'AJP dans les négociations liées à la rédaction du projet de décret, Martine Simonis explique qu'« au sein du CSEM, les enjeux principaux étaient de pérenniser les montants et l'action "Journalistes en classe". Il s'agit d'une action à long terme, nous le faisons car nous sommes convaincus que doit travailler dans ce domaine là aussi. Mais l'AJP est avant tout là pour rendre des services à ses membres. Il faut cependant travailler sur les consommateurs de médias de demain ».
Le projet de décret, dans son article 27, indique que chaque année est organisée en Communauté française une initiative d'éducation aux médias portant sur la visite gratuite de journalistes professionnels au sein des établissements scolaires de l'enseignement fondamental et secondaire, ordinaires et spécialisés, organisés ou subventionnés par la Communauté française, des services d'accrochage scolaire, des centres d'aide en milieu ouvert, des écoles de devoirs et des centres d'alphabétisation en Communauté française.
Le même article indique que le Gouvernement désigne, après avis du Conseil Supérieur, pour une période de cinq ans renouvelable, un opérateur chargé de mettre en oeuvre l'initiative. Il donne aussi les critères auxquels l'opérateur doit répondre, et fixe à un montant annuel minimal de 99 000 € les crédits consacrés à l'initiative.
En outre, le projet de décret pérennise l'opération "Ecran Large sur Tableau noir" de l'asbl Les Grignoux, en attribuant un budget de 150 000 € chaque année pour l'organisation d'une initiative culturelle d'éducation aux médias portant sur la programmation à prix réduits de films dans des salles de cinéma à destination des élèves des établissements scolaires de l'enseignement fondamental et secondaire ordinaires et spécialisés, organisés ou subventionnés par la Communauté française et à la réalisation d'outils pédagogiques destinés à accompagner ces films (Art. 28).
Il ouvre aussi la possibilité pour d'autres d'interventions en matière d'éducation aux médias. 20 000 € supplémentaires sont ainsi prévus à l'article 29 pour l'organisation annuelle en Communauté française d'une initiative d'éducation aux médias portant sur le soutien de projets scolaires locaux d'éducation aux médias organisés à destination des élèves de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire par un ou plusieurs établissements scolaires en Communauté française. Une campagne sur la publicité dans les médias est d'ores et déjà en projet sur ce fondement.
CONCLUSION
« Nous n'avons pas obtenu tout ce que nous souhaitions la première fois. Nous avons fait du lobbying. Comme cela n'a pas marché par le PS, alors nous sommes passés par le CDH », a déclaré Martine Simonis. « Si le texte ne plaît pas aux opérateurs de terrain, à savoir les Centres de ressources, l'AJP et les JFB, cela ne va pas marcher. »
Mais les améliorations voulues ont été apportées. L'Association des journalistes professionnels et les Journaux francophones belges sont satisfaits de leur travail commun dans l'élaboration du projet de décret qui porte le Conseil Supérieur de l'éducation aux médias sur les fonds baptismaux. Ce nouvel organisme sera doté d'une structure mieux opérationnelle par rapport à l'ancien Conseil de l'éducation aux médias et pérennisera le financement de leurs actions.
Le Porte-parole de la Ministre Fadila Lanaan, Pascal Sac, a confirmé que le projet de décret doit passer en principe en commission parlementaire Culture, Culture, Jeunesse, Audiovisuel, Aide à la Presse et Cinéma le 3 juin, au plus tard le 17 juin. Et ce, malgré des amendements survenus suite à des remarques techniques et juridiques du Conseil d'Etat et un délai de deux semaines, dû à une erreur dans le transmis du document au Parlement. Le texte devrait alors passer très rapidement devant la plénière normale et être définitivement adopté avant l'été.
Puis, des arrêtés d'application devraient être pris par le Gouvernement de la Communauté française pour régler les points techniques. Le texte devrait enfin entrer en vigueur à partir de janvier 2009.
Ainsi s'achèvera le processus législatif d'adoption du décret instaurant le CSEM qui, comme l'a appelé de ses vœux Robert Wangermée, « marquera sans nul doute une importante avancée dans l'éducation aux médias ; elle mettra la Communauté française à l'avant-garde des réalisations européennes dans ce domaine ».
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