Le prix de l'insulte

Publié le par E.J.

    Un militant du Réseau éducation sans frontières (RESF) a été condamné jeudi 14 février par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir outragé en 2006 Nicolas Sarkozy. Deux jours auparavant, Carla Bruni s’excusait d’avoir qualifié le site du Nouvel Obs de « presse collaborationniste. »

    Romain Dunant, un habitant du Jura âgé de 35 ans est également militant de la Confédération nationale du travail (CNT). Il avait adressé un e-mail au ministère de l'Intérieur dans lequel il demandait la libération d'un militant marseillais de RESF, Florimond Guimard, placé en garde à vue pour s'être opposé à l'expulsion d'un parent d'élève sans papiers. Il aurait comparé la politique de Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l'Intérieur, à celle de l'Etat français sous Vichy.

Une insulte à 801 euros

    Voici l’objet du délit, estimé par la justice à 800 euros d'amende et 1 euro de dommage et intérêt, mis en ligne sur le site de Rue89.com :

« Objet: Bas les pattes sur Florimond Guimard!
De: "cnt-jura"
Date: Mar, décembre 19, 2006 13:26
A: sec.gueant@interieur.gouv.fr

Au ministère de l'Intérieur

Monsieur le ministre,

Nous venons d'apprendre que notre camarade Florimond Guimard, instituteur à Marseille, convoqué au commissariat, a été placé en garde [à vue] suite aux manifestations anti-expulsions à l'aéroport.

Voilà donc Vichy qui revient : Pétain avait donc oublié ses chiens!

Résolues à défendre les dernières libertés qui nous restent -à commencer par la liberté d'exprimer notre solidarité active avec les victimes de votre politique qu'il faut bien qualifier de raciste-, nous exigeons la libération immédiate de Florimond Guimard, et l'abandon de toute poursuite à son encontre.

Dans l'attente, en vous rappelant l'exigence de la fermeture des centres de rétention et celle de la régularisation de touTEs les sans papiers, recevez nos salutations antifascistes,

M. Romain Dunand, Cnt-Jura / Resf-Jura. »

    Le militant jurassien a réagit suite à la décision de justice : « La condamnation est plus lourde que ce qu'avait demandé la procureur qui ne réclamait que 750 euros d'amende pour le préjudice moral. Pour moi, comme pour tous les militants qui m'appellent depuis ce midi, c'est signe d'une volonté de taper sur les voix qui peuvent contester la politique d'un homme. »

Une insulte… mais des excuses

    Nicolas Sarkozy a porté plainte contre le site du Nouvel Obs pour « faux, usage de faux et recel. » L’objet de cette plainte ? Ce SMS, publié sur le site Web du journal, présumément envoyé par le président à son ex-femme, une semaine avant son mariage avec Carla Bruni : « si tu reviens, j’annule tout. » Dans sa réponse à l’article du journal, Carla Bruni jugeait « justifiée » la plainte déposée par le chef de l'Etat, qui selon elle n'est pas dirigée « contre un organe de presse » mais « contre les nouveaux moyens de désinformation. » « Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs ? » demandait-t-elle.

    Les excuses de la nouvelle première dame de France, suite à ce dérapage rhétorique,  ont été publiées sur le site Web d’un hebdomadaire concurrent du Nouvel Obs, dont le rédacteur en chef est un ami proche de la chanteuse mannequin : « L'Express me consacre une longue interview, au cours de laquelle j'ai comparé, à tort, les méthodes employées dans les sites internet avec celles employées par la presse collaborationniste », écrit-elle sur le site du magazine. « Si j'ai pu blesser quelqu'un, j'en suis extrêmement désolée. J'ai juste voulu dire tout le mal que je pense de ces attaques ad hominem, qui dégradent l'information. Et le danger potentiel qu'elles représentent », ajoutait-t-elle.

    Le Nouvel Obs « a eu tort », regrette Jean Daniel, le patron de l'hebdomadaire. Michel Labro, directeur de la rédaction du journal, avait vivement réagi à la mise en cause de Carla Bruni. « On ne joue pas avec ce genre d'affirmation », avait-il assuré, jugeant l'interprétation de la nouvelle première dame de France « parfaitement imbécile. » Celui-ci déplore toutefois que l'article polémique ne lui ait pas été présenté avant d'être mis en ligne. Le rédacteur en chef du nouvelobs.com, Aimy Routier, a quant à lui été entendu par la police en tant que témoin jeudi 21 février. Aux questions de la presse, le journaliste a expliqué avoir été interrogé par un policier sur l'origine de son information et sa manière de travailler. Aucune plainte n’a été déposée contre Carla Bruni pour ses propos à l’encontre du journal.


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