Liberté de la presse ?

Publié le par S.G.

    Les journalistes et les médias considèrent comme un devoir de dénoncer les violations des droits. Les « prédateurs » de la liberté de la presse répondent par la répression et la censure. Assassinats, enlèvements, disparitions. Les chiffres du dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF) sont percutants. L’organisation dresse le bilan de la situation de la liberté de la presse dans 98 pays, y compris les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis.

    « Le manque de détermination des démocraties à défendre les valeurs qu’elles sont censées incarner est inquiétant ». Le bilan de l’année 2007 : 86 journalistes et 20 collaborateurs tués dans le monde. Presque 900 journalistes interpellés, près de 70 enlevés, plus de 1 500 agressés et plus de 500 médias censurés… Et quand les ennemis de la liberté d’expression s’attaquent à Internet, plus de 2 600 sites web et blogs se ferment.

    L’organisation non gouvernementale (ONG) publie chaque année un rapport sur l’état de la liberté de la presse (RSF). Son dernier rapport est rendu public depuis le 13 février. Selon RSF, deux procès vont être essentiels en 2008. Celui des assassins de Hrant Dink, directeur d’un hebdomadaire privé bilingue (turc et arménien), abattu en janvier 2007 devant les locaux de la rédaction à Istanbul, en Turquie, et celui des assassins de la journaliste d’investigation Anna Politkovskaïa, en Russie.

« Aucun pays n'a jamais connu un aussi grand nombre de journalistes tués que l'Irak »

    Quand on pause ses yeux sur la mappemonde de RSF des journalistes tués, un seul pays affiche un nombre à deux chiffres. C’est l’Irak. C’est la zone qui reste la plus risquée. Quelques 47 journalistes tués en 2007. « Aucun pays n'a jamais connu un aussi grand nombre de journalistes tués que l'Irak. Depuis l'invasion américaine, en mars 2003, au moins 207 professionnels des médias y ont été tués. Ni la guerre du Viêt-nam, ni le conflit dans l'ex-Yougoslavie, ni même les massacres en Algérie ou le génocide rwandais n'avaient fait autant de victimes parmi les professionnels de la presse. Les journalistes irakiens ne sont pas victimes de balles perdues, ils sont délibérément pris pour cibles par des groupes armés ». La quasi-totalité de ces journalistes étaient de nationalité irakienne et travaillait pour des médias nationaux. Ils ont été victimes d’assassinats ciblés. Le mobile ? Difficile à définir avec précision selon RSF, mais lié à leur métier et à la nature du média qui les employait. « Les groupes armés visent les journalistes des médias proches d'un courant religieux différent du leur et ceux qui collaborent avec les organes de presse étrangers ou financés par des fonds étrangers ». Aux journalistes tués, s’ajoutent les otages. Ils sont actuellement 14 à être retenus en Irak. Le gouvernement irakien n'a, pour le moment, trouvé aucune réponse efficace à cette violence. L'une des rares propositions faites par les dirigeants du pays a été de permettre aux journalistes de s'armer à leur tour, pour pouvoir se défendre en cas d'attaque…

    L’organisation de défense de la liberté de la presse exprime aussi son inquiétude quant au sort des journalistes qui couvrent les conflits en cours, notamment au Sri Lanka, dans les Territoires palestiniens, en Somalie, mais aussi au Niger et au Tchad.

    Un autre rapport sur les journalistes tués vient également d’être publié. C’est celui de la Fédération internationale des journalistes (FIJ). En 2006, ce sont au moins 155 meurtres, assassinats ou morts inexpliquées de journalistes et collaborateurs qui ont été enregistrés par la fédération. La pire des années. La différence avec le chiffre avancé par RSF s’explique par le recensement de victimes qui ne sont pas incluses dans le décompte de l’ONG. En effet, Tous les médias employés impliqués dans le soutien et la promotion de l'activité journalistique sont couverts par le rapport de la FIJ. Ainsi, pour la fédération, ce sont 69 journalistes qui ont été tués en Irak en 2006.

Evolutions inquiétantes en Europe

    Et qu’en est-il de nos démocraties européennes ? Le rapport de RSF met aussi le doigt sur des évolutions inquiétantes en Europe. Atteintes à la protection des sources qui se multiplient dans les grandes démocraties. « En France, en Allemagne et en Italie, des mises en examen et des perquisitions de rédaction ou de domiciles de journalistes ont été observées. Les institutions judiciaires ont tendance à considérer ces pratiques comme une solution acceptable, particulièrement lorsqu’un secret a été violé ». Dans un article paru dans le Monde diplomatique le journaliste-écrivain Ignacio Ramonet mettait en avant le fait qu’encore aujourd’hui, dans les pays dictatoriaux, il n’y a pas d’information fiable, complète, de qualité. En revanche, dans les Etats démocratiques, elle déborde de toutes parts. Elle nous asphyxie. En 2005, RSF prenait comme slogan « n’attendez pas qu’on vous prive de l’information pour la défendre »



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Publié dans Médias

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