Berlusconi : probable retour

Publié le par R.L.

    Le gouvernement de centre-gauche dirigé par Romano Prodi n’aura duré que vingt mois. Issu d’une coalition hétérogène, la marge de manœuvre de ce gouvernement était assez faible.  Mais c’est un fait de corruption touchant l’un de ses membres qui aura eu raison de ce gouvernement. Un gouvernement de coalition a été un temps envisagé. En vain. Retour aux urnes pour les italiens le 13 et 14 avril.

Sur la scène politique italienne…

    Acte 1 : le Ministre de la Justice est inquiété pour corruption. Acte 2 : Prodi est désavoué au Sénat. Lui et son gouvernement démissionnent. Acte 3 : Le Président italien, Giorgio Napolitano, charge Franco Marini, Président du Sénat, de créer un gouvernement provisoire, chargé de mener à bien une réforme électorale. Pendant ce temps-là, Berlusconi en appelle à de nouvelles élections. Dernier acte : échec des négociations et dissolution des Chambres. Le Président déclare la tenue d’élections pour le 13 et 14 avril, sans qu’une réforme électorale n’ait eu lieu. Rideau.

    Pour bien comprendre cette pièce, il faut en comprendre les intérêts des différents acteurs. Pour Prodi, il s’agissait de maintenir son gouvernement de centre-gauche le plus longtemps possible. Les raisons ? Primo : en cas de réélections, le centre-gauche se savait perdant. Secundo : Prodi vivait son dernier mandat politique. Il lui fallait donc maintenir coûte que coûte son gouvernement, histoire de sortir par la grande porte. Mais force est de constater qu’il a loupé le coche. Selon Giulia Sandri, chercheuse en sciences politiques à l’ULB, la raison de cet échec est à trouver dans la faible majorité parlementaire dont disposait le gouvernement. « Déjà, en mars 2007, il y avait eu une petite crise. Deux sénateurs d’extrême-gauche de la coalition avaient voté contre le prolongement de la mission de l’Italie en Afghanistan, voté par le gouvernement », explique-t-elle. Un vote de confiance s’en était suivi, passé dans les deux Chambres. Mais comment expliquer que des petits partis pèsent aussi lourd ? L’explication est à trouver dans le système électoral, communément appelé le porcellum (la cochonnerie). L’intérêt du centre-gauche était de le réformer, alors que pour le centre-droit, la tenue d’élections primait sur une réforme électorale.

Le Porcellum

    Cette réforme électorale avait été votée six mois avant les élections de 2006 par le gouvernement Berlusconi afin d’empêcher la victoire de son rival : Prodi. Il n’y est finalement pas arrivé puisque Prodi, à la tête d’une coalition de treize partis, sort vainqueur de ses élections mais sans majorité parlementaire solide : la majorité au Sénat ne tient qu’à deux sièges.  Ce système électoral est un système proportionnel avec correction majoritaire. Autrement dit, le vainqueur peut jouir d’une prime de majorité, s’assurant du coup une position confortable. Mais cette prime n’est réservée qu’aux coalitions et non aux partis seuls. Résultat : les coalitions rassemblent des micro-partis qui, par conséquent, finissent par avoir un pouvoir très important qu’aucune loi ne contrôle. Autre particularité : cette prime de majorité est calculée différemment selon les Chambres : sur une base nationale, à la Chambre et régionale, au Sénat. En outre, des partis qui ont obtenu ces 2 % de voix peuvent donc entrer au Parlement. Ce qui explique la fragilité du gouvernement Prodi. L’une des explications de l’échec du l’ère Prodi est donc à trouver dans ce système électoral, fruit du gouvernement Berlusconi…

 Les erreurs du « Professeur »

    Mais l’échec du gouvernement Prodi n’est pas à trouver dans ce seul facteur électoral. Selon Giulia Sandri, ces sept derniers mois, un véritable « clash » s’est instauré entre la classe politique italienne et la population. Ce « clash » intervient dans un climat de crise économique : paralysie du marché du travail, effet des subprimes américains, baisse du pouvoir d’achat des familles italiennes, et cetera. Et Prodi, pendant ce temps-là, mène des réformes économiques en oubliant les thèmes sociaux. Mais comme l’explique Giulia Sandri, « il n’a sans doute pas eu le temps, ni la majorité pour le faire ». Mais le fait est là : la vague anti-politique est très forte. La population a le sentiment que la classe politique se désintéresse de ses problèmes, bien trop occupée à mener ses affaires. Corruption qu’on croirait presque inhérente à la classe politique. « Vingt-quatre parlementaires sont condamnés par la Cour de Cassation et soixante autres font l’objet d’un enquête de police », nous explique Giulia Sandri.

Vent de campagne électoral

    Dans ce climat, les candidats aux élections ont intérêt à convaincre. Les principaux candidats sont Walter Veltroni, à gauche et Berlusconi, qui dirige le cartel de droite. Alors que le premier joue la carte du nouveau parti (le Parti Démocrate, créé en octobre) et du nouvel homme, le second se présente comme l’homme pouvant assurer la stabilité à l’Italie. L’atout du premier ? Il se présente seul, sans coalition, bien disposé à retenir les leçons de l’échec du gouvernement Prodi. Et Berlusconi ? Son dernier mandat qu’il a pu mener à terme. Une première dans l’histoire politique italienne, qui a connu 58 gouvernements en 62 ans. Les sondages donnent Berlusconi gagnant (La Repubblica, du 20 février) mais Veltroni n’a pas dit son dernier mot. Ainsi, selon certains sondages, l’homme serait devenu le plus populaire. Malgré la victoire annoncée pour Berlusconi, le suspense demeure donc, à cinquante jours des élections.

 

Modifié par Webmaster le 27/02/08
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Publié dans Pouvoir

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