Tariq Ramadan à l'ULB

Publié le par P.F. avec Gilles Maufroy

    Vendredi 15 février, l'ambiance était à son comble dans le Janson, à l'Université libre de Bruxelles. Près de 2000 personnes s'étaient déplacées pour la conférence sur l'Islam et les Lumières à laquelle participait, entre autres, Tariq Ramadan.

    Pour ceux qui ne s'en souviendraient pas, celui-ci s'était vu refuser l'accès à l'université par les autorités rectorales, sous prétexte que sa manière de s'exprimer n'était pas compatible avec le libre examen. C'était le début d'une grande polémique et d'un cycle de débats sur la censure au sein de l'ULB. La conférence de vendredi, suite à un revirement des autorités, était donc un symbole de victoire pour nombre de défenseurs de la liberté d'expression.

    Preuve de la tension créée par son contexte: la conférence commence par l'énumération des consignes de sécurité. Le recteur de l'université est dans la salle, ainsi que quelques personnalités politiques dont Françoise Dupuis (PS) et Zoé Genot (Ecolo). Le président du cercle des étudiants arabo-européens déclare que la mobilisation étudiante a permis "la victoire de ceux qui croient en une université libre, ouverte sur le monde". La vice-présidente du cercle du libre examen (Librex) ajoute que l'"l'ULB a retrouvé sa dignité".

    Après ces quelques mots d'introduction s'ouvre le vrai débat sur l'Islam, par la première intervention de Malek Chebel, anthropologue algérien. Plutôt que de remettre en cause les croyances des gens, il préfère s'en tenir à leurs pratiques. On retiendra de lui le message que l'Islam doit assumer la modernité et a la capacité d'être "facteur de lumière".

    Ensuite, c'est au tour de Tariq Ramadan de prendre la parole, sous un tonnerre d'applaudissements. Bien qu'il rappelle à plusieurs reprises, devant les réactions du public, qu'il ne s'agit pas d'un "meeting", sa rhétorique en est fort proche. Mais sous les beaux mots, le message reste flou... Selon lui, il ne faut pas opposer l'Islam et les Lumières, puisque ces deux idéologies se confondent en partie. Juger l'Islam à l'aune de critères occidentaux serait donc faire preuve d'"ethnocentrisme" et de "paternalisme". Par ailleurs, il affirme ne pas vouloir de lois spécifiques pour les musulmans (ce que certains lui repprochent dans la polémique du port du voile en France), mais simplement exiger une séparation totale du religieux et du politique. Tariq Ramadan soutient également que pour assurer un débat honnête et transparent, "il faut clarifier les positions des uns et des autres",  à savoir expliciter quel interlocuteur est croyant et lequel ne l'est pas. Derrière ce souci légitime en apparence, on peut cependant craindre la volonté de créer deux types d'interlocuteurs différents: les "croyants", qui seraient un peu plus légitimes que les "non-croyants"...

    Tariq Ramadan cède pour finir le micro à Youssef Seddik, philosophe et anthropologue tunisien lui aussi spécialiste du Coran. "Je ne suis pas croyant", déclare-t-il d'emblée pour répondre à son prédécesseur. Il développe ensuite le caractère, souvent oublié, subversif de l'Islam, qui prône l'insoumission à tout (sauf à l'Ordre divin): le Coran permet la transgression du Coran.

    La conférence s'achève dans le calme par un échange de questions-réponses entre la salle et les conférenciers (même si les huées fusent lorsque Malek Chebel se positionne contre le port du voile).  La rencontre aura au final été une réussite, et prouvé qu'un débat pouvait avoir lieu dans le respect et la liberté d'opinion, quels que soient les intervenants.

                                                                                                                                             
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Publié dans Société

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