Sans-papiers : la lutte continue
L'accord qui a été accepté le mardi 19 février, c'est celui que le ministre de l'Intérieur proposait depuis longtemps mais que l'UDEP (Union pour la défense des sans-papiers) refusait avec obstination. Les propositions de Patrick Dewael? Une "attestation d'immatriculation", ou carte orange, qui permet de séjourner légalement sur le territoire pendant trois mois , ainsi que la possibilité de réintroduire une demande de régularisation. Mais trois mois de sursis, ce n'est pas suffisant pour l'UDEP. La revendication minimum, pour les occupants de la rue Royale, était d'un an. Mais la situation d'urgence des grévistes a pris le dessus: alors que des hospitalisations avaient lieu tous les jours, il fallait prendre une décision. Retour sur une occupation qui a partiellement échoué.
Nous sommes la veille de la négociation avec l'Office des étrangers. Dans le bâtiment de la rue Royale, les quelque 150 sans-papiers sont dispersés sur quatre étages: les deux premiers pour les femmes et les enfants, les deux derniers pour les hommes. Chaque pièce correspond à un pays: la Turquie, l'Equateur, le Maroc ou encore l'Afrique subsaharienne. Dans le sombre escalier qui relie toutes ces histoires différentes, on croise des hommes qui ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes: leurs 50 jours de jeûne leur ont ôté toutes leurs forces, mais il leur reste pourtant une lueur d'espoir. Celui d'être un jour régularisé.
Derrière la porte "Afrique", des femmes papotent, des enfants tuent le temps en jouant par terre. Allongée sur un matelas, une femme lit l'avenir dans les "cauris", sorte de coquillages. Quand on lui demande ce qu'ils prédisent, elle offre un sourire malicieux: "Inch'Allah", murmure-t-elle avec confiance. C'est le même espoir qu'on décèle dans les paroles de Béladès, un gréviste algérien, réfugié politique auquel on refuse pourtant ce statut. Il a vu son frère se faire assassiner en Algérie. Il veut croire que la grève de la faim qu'il endure depuis des semaines servira à quelque chose. Les témoignages douloureux des occupants sont innombrables. Mais partout, il y a cette volonté de croire en la lutte.
Pourtant, aujourd'hui, le 91 de la rue Royale se vide peu à peu. Suite à l'accord passé avec l'Office des étrangers, les occupants ont repris le chemin vers la vie de tous les jours, celle d'avant l'occupation, d'avant la grève. Avec un goût amer dans la bouche. "Cette carte orange de trois mois, c'est une honte, c'est une insulte!", s'exclame Alex, l'un des représentants de l'UDEP. Il n'hésite pas à parler de manipulation: cet accord démontre, selon lui, le mépris du gouvernement pour les sans-papiers. "En offrant un sursis de trois mois à des gens qui ont fait la grève de la faim pendant 50 jours, ils jouent avec la vie d'êtres humains", poursuit-il.
Mais l'expérience de la rue Royale aura tout de même apporté sa pierre à l'édifice: jusqu'ici, le ministre de l'Intérieur Patrick Dewael (Open-VLD), seul compétent pour les demandes de régularisation, ne tenait pas compte des délais, souvent très longs, des recours introduits par les demandeurs d'asile devant le Conseil d'état. Or, pour la première fois, il a accepté d'en tenir compte (appliquant ainsi l'un des points de l'accord conclu dans l'Orange bleue). Des avancées sont donc possibles. Et le combat n'est pas fini: la rue Royale ne sera bientôt plus qu'un souvenir, mais les luttes pour la régularisation des sans-papiers s'annoncent nombreuses. Les assemblées générales de l'UDEP ont à nouveau lieu régulièrement, une prochaine occupation se met doucement en place. Et, sans doute, une autre grève de la faim puisqu'il faut en arriver à cette extrémité pour attirer l'attention du gouvernement...
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