Le pouvoir d’achat ou le pouvoir du choix ?
Dans les journaux, on interroge des familles, on leur demande d’expliquer leur mode de vie, ce qu’elles paient, leur organisation pour faire les courses, se chauffer, s’habiller, se loger. Bref, comment elles arrivent à la fin du mois. Le battage médiatique fait croire à une paupérisation de la population, qui aurait eu lieu en l’espace de quelques mois. Et lorsque les statistiques des indices des prix à la consommation des organismes officiels diffusent les derniers chiffres de l’inflation, certains crient au mensonge. Certes, la perception de l’augmentation des prix par les ménages n’est pas toujours en accord avec les chiffres officiels publiés. Il est plus facile pour un consommateur de remarquer la hausse du prix de certains produits « courants », tels que l’alimentation, plutôt que la baisse des prix d’autres produits durables (l’électronique grand public ou les voyages par exemple). Et le débat s’est alors orienté vers une remise en cause des méthodes de calcul des chiffres de l’inflation, plutôt que la recherche de solutions durables pour une bonne qualité de vie. Les responsables politiques qui seraient désireux de surfer sur la vague populiste n’ont plus qu’à modeler leur discours pour faire croire à des solutions faciles, face à un problème pourtant complexe.
Pourquoi une telle colère dans la population aujourd’hui ?
Lorsque la question du pouvoir d’achat touche la classe moyenne, le problème devient général. Fait moins flagrant lorsque le phénomène se cantonnait à la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. Et les promesses électorales comptent sans doute pour une bonne partie dans l’actuelle vague de grande désillusion. Surtout pour les ménages les plus modestes qui n’ont pratiquement pas vu évoluer leurs revenus ces dernières années. L’effet de mémoire des hausses de revenus nets annuels de la fin des années 1990 contraste avec les ralentissements enregistrés ces dernières années. Le ralentissement de la hausse du pouvoir d’achat coïncide avec le ralentissement de la croissance et de la productivité (la quantité de richesse produite par travailleur). Dans les faits, les dernières semaines de l’année 2007 étaient marquées par des hausses massives des prix des produits pétroliers et alimentaires. Ces produits « bruts » entrent dans la fabrication de nombreux autres biens. L’effet de la hausses des prix des matières premières se répercute alors, en chaîne, sur tous les produits dérivés. De façon plus ou moins proportionnelle. A tout cela, il faut rajouter la hausse des prix de l’immobilier, un sujet de préoccupation pour les ménages locataires ou ceux qui souhaitent accéder à la propriété. Les ingrédients de base d’un mécontentement populaire sont alors bien présents.
Quel pouvoir pour quel achat ?
« Dis moi combien tu gagnes, je te dirai qui tu es ». Bienvenue dans une société de la consommation ostentatoire. Pour être heureux, il suffirait de pouvoir acheter. C’est en substance le message véhiculé depuis deux ou trois bonnes décennies. Le consommateur s’habitue à l’augmentation de la qualité des produits et des services, bien souvent sans s’en rendre compte. Alors que la hausse du prix a un impact psychologique beaucoup plus marquant. « Les nombreux ménages dont le pouvoir d'achat a augmenté de 1 ou 2 % ne se font guère entendre, et ceux dont le pouvoir d'achat a franchement baissé donnent le ton » affirmait l’économiste Thomas Piketty, dans un article pour le journal Libération. Et d’ajouter « plus généralement, dans un monde où l'on entend chaque jour que les cours boursiers et immobiliers progressent de 10%, alors que les salaires progressent d'à peine 1 ou 2%, il est peu surprenant que l'ambiance soit morose ».
Parmi les nombreuses réponses « faciles » face au problème d’un ticket de caisse qui augmenterait à vue d’œil : les magasins discount, la libéralisation des prix et une législation sur les relations commerciales entre la grande distribution et les industriels. Une façon de « donner du pouvoir d’achat » sans augmenter les salaires. Soit. Mais c’est sans compter sur les pressions qui s’exerceront sur les fournisseurs de la grande distribution (surtout les petits), un recours accru à l’automatisation en caisses pour les grandes enseignes et des délocalisations du côté des industriels. Tout cela dans le but d’augmenter la compétitivité de chacun des acteurs. Du côté du consommateur, la sensation de vie chère est surtout alimentée par de nouveaux modes de consommation, et les frustrations qu’elles peuvent engendrer. L'heure serait-elle alors venue de repenser notre mode de consommation ?
| Qu’est-ce que le « pouvoir d’achat » ? Pour reprendre la définition officielle de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE, www.insee.fr), « le pouvoir d’achat du salaire est la quantité de biens et de services que l’on peut acheter avec une unité de salaire » et « son évolution est liée à celles des prix et des salaires ». Pour les plus curieux : la notion statistique usuelle de « pouvoir d’achat » utilisée par l’INSEE est celle du pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB). Il se définit comme la somme de tous les revenus d’activité et des revenus du patrimoine ainsi que des transferts aux ménages (prestations sociales), moins les impôts et autres prélèvements sociaux. Le revenu réel qui reste à la disposition des ménages pour la consommation et l’épargne se calcule en déduisant l’augmentation des prix (l’inflation) de la croissance des revenus (le RDB). L’INSEE rappelle que l’indice des prix à la consommation (IPC) n’est pas un indice du coût de la vie. L’IPC est représentatif de l’évolution des prix des produits selon la structure de consommation moyenne de la population. Pour son calcul, l’INSEE s’appuie sur plus de 160 000 relevés de prix mensuels et sur 40 000 tarifs collectés directement auprès de grandes entreprises. L’alimentation est-elle importante dans le budget des ménages ? Tous les ménages ne sont pas égaux face à l’augmentation des prix des produits alimentaires. Les couches populaires sont bien plus touchées que les riches par l’augmentation des prix de l’énergie et de l’alimentation. Par exemple, en France l’alimentation représente quelque 17% du budget d’un ouvrier, contre 12% chez un cadre (source : INSEE). |
En bonus, la chanson du dimanche sur le pouvoir d'achater du lait UHT :
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