« Mann ist Mann »
La pièce « Mann ist Mann », de Bertold Brecht, a été rarement représentée en Belgique. L’Atelier Théâtre de la Vie, sis dans un ancien bâtiment industriel de Saint-Josse-Ten-Noode, en a fait sa création de la saison. Le texte, d’une actualité troublante, s’articule autour de la question fondamentale de la place de l’individu dans la masse.
« Nous allons vous raconter une histoire ». Une main griffone la phrase sur un carré blanc projeté sur le mur du fond. Des dizaines de fois, elle le répète, dans tous les sens. Que surtout le spectateur ne s’y trompe pas! Ce qui va se dérouler sous ses yeux n’a rien à voir avec la réalité… D’ailleurs, la barbe du personnage principal est retenue par une voyante ficelle, les costumes semblent tout droit sortis d’un mauvais carnaval, les coulisses sont apparentes, et les décors sont des plus minimalistes. Quitte, pour la bonne compréhension du public, à resituer le lieu grâce à un rapide dessin, également projeté sur le mur. Pas d’identification avec les personnages, mais de la réflexion critique. Voilà ce que cherchait Bertold Brecht en développant sa théorie du théâtre épique.
Peu avant d’écrire l’ « Opéra de Quat’sous », le dramature allemand racontait dans « Mann ist Mann » l’histoire du docker Gally Gay. Le drame de ce Gally Gay est qu’il ne sait pas dire non. Il se réveille un matin avec l’envie de manger un poisson. Il s’en va donc l’acheter – quoi de plus normal? – et sa femme met l’eau sur le feu. Mais Gally Gay rencontre en chemin la veuve Begbick qui lui demande de l’aider à porter son panier de légumes, et le persuade de renoncer à son poisson pour lui acheter un de ses concombres.
« Un homme est un homme » ou « la différence entre oui et non n’est pas si grande »
A quelques pas de là, quatre soldats pillent un temple – nous sommes aux Indes brittaniques –, mais l’un d’eux, Jeraiah Jip, y laisse une touffe de cheveux. Sa tonsure révélant son crime, il ne peut rentrer au régiment. Mais comment faire pour masquer sa disparition? La réponse est dans le titre : un homme est un homme. Gally Gay fera donc parfaitement l’affaire. Il aimerait bien leur faire plaisir, mais il doit rentrer, sa femme l’attend. Une bouteille de bière et un cigare feront l’affaire : à l’appel du soir, il crie « Jeraiah Jip ! » De fil en aiguille, l’aliénation, thème cher à Brecht, se poursuit. Ses décisions et ses perceptions s’inclinent devant la parole de la masse. Ainsi, l’homme qui un matin avait rêvé d’un poisson, se retrouve le lendemain propriétaire d’un éléphant en toc (deux hommes sous une couverture). La faillite de son identité trouve son sommet dans l’oraison funèbre que Gally Gay/Jeraiah Jip prononce en l’honneur du pauvre docker. La métamorphose est alors totale.
La mise en scène de Claudia Gäbler et Herbert Rolland et la scénographie de Christine Mobers donnent à la pièce une atmosphère de cabaret ou de cinéma muet. La justesse des comédiens, bien que ce soit toujours dans la distance brechtienne, agit comme un scalpel. « Mann ist mann » n’en finit pas de tirer la sonette d’alarme. Le texte de Brecht, écrit au sortir des affres de la guerre de quatorze, trouve, on s’en doute, une portée renouvelée aujourd’hui. Inconsciemment blotti dans le moëlleux de la masse, que le soldat, le consommateur, le téléspectateur, le consommateur ou le travailleur regarde à sa droite et à sa gauche : ne pourrait-il pas aisément prendre la place de son voisin, et inversément?
« Nous allons vous raconter une histoire ». Une main griffone la phrase sur un carré blanc projeté sur le mur du fond. Des dizaines de fois, elle le répète, dans tous les sens. Que surtout le spectateur ne s’y trompe pas! Ce qui va se dérouler sous ses yeux n’a rien à voir avec la réalité… D’ailleurs, la barbe du personnage principal est retenue par une voyante ficelle, les costumes semblent tout droit sortis d’un mauvais carnaval, les coulisses sont apparentes, et les décors sont des plus minimalistes. Quitte, pour la bonne compréhension du public, à resituer le lieu grâce à un rapide dessin, également projeté sur le mur. Pas d’identification avec les personnages, mais de la réflexion critique. Voilà ce que cherchait Bertold Brecht en développant sa théorie du théâtre épique.
Peu avant d’écrire l’ « Opéra de Quat’sous », le dramature allemand racontait dans « Mann ist Mann » l’histoire du docker Gally Gay. Le drame de ce Gally Gay est qu’il ne sait pas dire non. Il se réveille un matin avec l’envie de manger un poisson. Il s’en va donc l’acheter – quoi de plus normal? – et sa femme met l’eau sur le feu. Mais Gally Gay rencontre en chemin la veuve Begbick qui lui demande de l’aider à porter son panier de légumes, et le persuade de renoncer à son poisson pour lui acheter un de ses concombres.
« Un homme est un homme » ou « la différence entre oui et non n’est pas si grande »
A quelques pas de là, quatre soldats pillent un temple – nous sommes aux Indes brittaniques –, mais l’un d’eux, Jeraiah Jip, y laisse une touffe de cheveux. Sa tonsure révélant son crime, il ne peut rentrer au régiment. Mais comment faire pour masquer sa disparition? La réponse est dans le titre : un homme est un homme. Gally Gay fera donc parfaitement l’affaire. Il aimerait bien leur faire plaisir, mais il doit rentrer, sa femme l’attend. Une bouteille de bière et un cigare feront l’affaire : à l’appel du soir, il crie « Jeraiah Jip ! » De fil en aiguille, l’aliénation, thème cher à Brecht, se poursuit. Ses décisions et ses perceptions s’inclinent devant la parole de la masse. Ainsi, l’homme qui un matin avait rêvé d’un poisson, se retrouve le lendemain propriétaire d’un éléphant en toc (deux hommes sous une couverture). La faillite de son identité trouve son sommet dans l’oraison funèbre que Gally Gay/Jeraiah Jip prononce en l’honneur du pauvre docker. La métamorphose est alors totale.
La mise en scène de Claudia Gäbler et Herbert Rolland et la scénographie de Christine Mobers donnent à la pièce une atmosphère de cabaret ou de cinéma muet. La justesse des comédiens, bien que ce soit toujours dans la distance brechtienne, agit comme un scalpel. « Mann ist mann » n’en finit pas de tirer la sonette d’alarme. Le texte de Brecht, écrit au sortir des affres de la guerre de quatorze, trouve, on s’en doute, une portée renouvelée aujourd’hui. Inconsciemment blotti dans le moëlleux de la masse, que le soldat, le consommateur, le téléspectateur, le consommateur ou le travailleur regarde à sa droite et à sa gauche : ne pourrait-il pas aisément prendre la place de son voisin, et inversément?
“A quoi bon retenir la vague
Qui viendra mourir à tes pieds
Le sable et l’eau savent déjà que
Mille autres viendront s’y briser.”
“Homme pour homme - ou la métamorphose du Commissionnaire Galy Gay dans les baraquements militaires de Kilkoa en l’an mil neuf cent vingt-cinq”
Mise en scène de Claudia Gäbler et Herbert Rolland, texte de Bertold Brecht.
Jusqu’au 22 mars, à 20h15 (relâche les lundis) à l’Atelier Théâtre de la Vie.
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