« Leterme de la Belgique » ?

Publié le par R.L.

La route aura été longue et parsemée d’embûches. Mais il y est. Yves Leterme occupe désormais le poste de Premier Ministre. Mais même si les clés du « 16 » sont entre ses mains, nul ne sait pour combien de temps. Portrait d’un ancien roi de Flandre, appelé à devenir asexué linguistique.


    C’était le 10 juin et il vit que cela était bon

    Le grand homme d’Ypres a la quarantaine bien tassée. L’air est sérieux, le regard, tantôt direct, tantôt fuyant. Question de contexte ! Il ne brille pas par son charisme. Il a plutôt un côté « passe-partout », ne cherchant pas à se faire trop remarquer. Sobre et neutre mais élégant, tout de même. Le sourire est tantôt franc, tantôt crispé. Le contexte, à nouveau. Signe particulier : il est supporter du Standard de Liège. Ses parents, une maman néerlandophone et un papa francophone, l’ont appelé Yves. Mais ils auraient tout aussi bien pu l’appeler Gaston. Comme un certain Lagaffe. Dans son palmarès personnel, il y eut d’abord le fameux couplet « Allons, z’enfants de la Patrie …» le jour de la fête nationale…Oups ! C’est la Marseillaise, ça. « Excuseer! ». Une autre affaire fit grand bruit : Leterme fut soupçonné de rompre le secret royal. Sans oublier la comparaison entre la RTBF et la Radio Mille Collines, qui eut l’effet d’une bombe dans la presse francophone. Ca, c’était après les élections du 10 juin 2007. Avant cette date, une déclaration dans Libération, dans laquelle « Mijnheer Yves » émit quelques doutes sur l’état intellectuel des Francophones à apprendre le néerlandais. Paf ! Gaffe ou sens de l’ironie très poussé ? On ne sait toujours pas mais cette déclaration avait, à l’époque, fait couler beaucoup d’encre. Puis il y eut le 10 juin. Les 800.000 voix et le V de la Victoire ! La joie dans les rangs de son parti, le CD&V ! L’exaltation et l’excitation ! Les chrétiens-démocrates flamands reviendraient au gouvernail, après huit ans d’opposition ! On allait voir ce qu’on allait voir ! Mais très vite, l’horizon s’est embrumé. Du brouillard à perte de vue …Le brouillard peut être tenace en Belgique. Et puis, finalement, les éclaircies sont apparues, timides mais bien là. Après trois mois d’un gouvernement intérim formé « dare-dare » en décembre par Guy Verhofstadt, son rival, Yves Leterme finit enfin par enfiler le costume de Premier Ministre. Mais le tout n’est pas seulement de l’enfiler. Il faut aussi qu’un costume soit bien porté…

    C’était le 20 mars 2008 et il vit qu’il devait convaincre

    À l’heure où Leterme sillonne les terres de nos voisins et s’entretient avec eux, le scepticisme reste de mise au Sud. Car c’est bien là que le bas blesse. Adepte du « goed bestuur », il marqua les esprits flamands lorsqu’il était à la tête du gouvernement flamand. Une bonne gestion, des finances assainies, la valeur travail au centre de sa politique. Le tout, a contrario du « modèle wallon », dont il se démarque. Le discours plaît. Les 800.000 voix ne sortent pas de nulle part : sa côte de popularité est impressionnante. Au Sud, on se demande : A-t-il les capacités de fédérer ? Les capacités de leadership ? Beaucoup de Francophones attendent de voir. Et c’est donc dans cette partie du territoire qu’il doit convaincre. Au-delà de ses gaffes, c’est sa gestion de la crise qui a longuement été critiquée. Côté politique, les négociateurs de l’Orange bleue parlent d’une incapacité à dialoguer. D’un manque de sens de compromis. Plusieurs fois durant la « crise », il a dû passer la main. Même les journaux flamands, pourtant acquis à sa cause, doutent de ses capacités à jouer le rôle de Premier. À la mi-février, Het Laatste Nieuws demande « Leterme est-il compétent pour devenir Premier Ministre ? », qui poursuit « un ennemi, cela peut se supporter. Mais des ennemis partout, c’est un problème. Chaque jour, Leterme a un ami de moins ». Mais si les critiques ont été nombreuses, parfois même quotidiennes au plus fort de la crise, il n’en reste pas moins qu’Yves Leterme possède des atouts politiques. C’est un leader incontestable en Flandre. Et un fin stratège politique également lorsqu’il associa son parti avec la NVA, parti nationaliste. Il risque aujourd’hui de le payer au prix fort mais force est de constater que ce cartel lui a permis d’engranger un succès électoral indiscutable ! Sans oublier sa ténacité. On se souvient de son « Je travaille à des solutions ». Il y a tellement travaillé qu’il s’est retrouvé à l’hôpital…

    C’était le 14 février et il vit qu’il devait se reposer

    Le diagnostic tombe : hémorragie interne du système gastro-intestinal. Ce qui signifie qu’il doit se reposer, abandonner son inséparable Blackberry et oublier la politique, pour un temps. Quinze jours plus tard, il sort de l’hôpital et adresse, par vidéo postée sur YouTube, un message de remerciements à tous les témoignages de soutien qu’il a reçus. Les parodies fleurissent alors sur le Net. C’est qu’Yves Leterme est un habitué des parodies où il est mis en scène, à l’instar de « Le Terminator » de TV Belgiek, une sorte de «Guignols de l’info » version RTL-TVi. Yves Leterme conclut ce message, en disant vouloir être au service de son pays . Le discours s’arrondit donc, à l’instar du dessin de Kroll où Leterme apprend à se démarquer du mot « Belgiek » pour mieux prononcer la traduction francophone. Mais rien n’est joué. Tout reste à prouver. Les épreuves ne sont pas finies et la mi-juillet pourrait sonner le glas du gouvernement Leterme. « Leterme de la Belgique », expression empruntée à Alexandre Adler, également ? L’avenir nous le dira.
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Publié dans Pouvoir

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