Le Kosovo, épicentre d’un séisme alarmant
Suite à la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo, le 17 février, l’instabilité politique et territoriale dans les Balkans redevient un paramètre incontournable, entraînant la communauté internationale dans son sillage.
Le Kosovo a proclamé son indépendance, mais le prix de cette auto proclamation reste incalculable à ce jour. Ce qui est certain, c’est qu’il augmente quotidiennement et qu’il sera lourd. Si la médiation internationale et le ballet diplomatique entre grandes puissances n’aboutissent pas, l’indépendance du Kosovo va inévitablement créer un tôlé d’envergure colossale.
Le statut de la province était déjà flou depuis la fin du conflit opposant la Serbie aux forces de l’Otan, en 1999. A l’époque, la Résolution 1244 des Nations Unies avait prévu l’autonomie de la province au sein de la Serbie, le tout administré par la Minuk (Mission des Nations Unies au Kosovo) et les forces de l’Otan. Mais avec l’indépendance autoproclamée du parlement kosovar à majorité albanophone, ce week-end dernier, c’est tout un système international qui s’ébranle et se froisse. Un séisme en somme.
Les déclarations par rapport à la création du nouvel État fusent de tous les côtés depuis dimanche dernier, la communauté internationale est embarrassée, et les divisions au sein de celle-ci deviennent de plus en plus visibles. La tension est réelle, palpable, et une étincelle suffirait à embraser la région. Bien que prévisible est réellement envisagée depuis la fin de la guerre, la proclamation d’indépendance de cette province serbe risque d’avoir des conséquences graves. En conséquence, il faut tempérer.
Le coût diplomatique, au delà des Balkans
Sans grande surprise, l’événement vient également frapper de plein fouet le dialogue entre la Russie et l’Union européenne (UE). Les relations entre ces deux entités, et le partenariat qu’elles s’étaient engagées à développer, sont donc sérieusement compromises. Tant sur le plan économique que politique ou sécuritaire, les relations se dégradent, les prises d’opposition se multiplient, et l’indépendance du Kosovo servira assurément de prétexte à la Russie pour inverser la vapeur dans les négociations d’un partenariat économique et énergétique avec l’UE.
Le précédent juridique que pose la reconnaissance d’un Kosovo indépendant risque aussi d’alimenter bien des tensions. Et c’est déjà le cas. La Russie, grande alliée de la Serbie, menace de représailles l’alliance nord atlantique et l’Union si ces deux organisations s’avisaient à contourner les Nations Unies. Dans un communiqué de presse repris par l’agence Ria, le ministère russe des Affaires étrangères n’hésite pas à revenir en force sur les événements de cette dernière semaine. « Les gens qui ont plaidé pour une proclamation unilatérale d’indépendance pour le Kosovo auraient dû en calculer les conséquences ».
Quelles conséquences exactement ? On aura deviné que le recourt à la force militaire russe n’est pas à exclure. « Si aujourd’hui l’Union adopte une position unie, ou si l’Otan dépasse son mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l’Onu et nous allons aussi partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu’on appelle une force armée […] », déclare Dmitri Rogozine, représentant de la Russie au Conseil de l’Otan, cité par l’agence Interfax. La Russie n’exclut donc plus le recours à la force militaire, en cas de défiance de l’UE ou des Etats-Unis envers Moscou et Belgrade.
Effusions de violence et appels au calme
La situation se dégrade donc au fil des jours, mais la diplomatie et les appels au calme ne sont pas encore renvoyés au placard. Boris Tadic, le président serbe, prône haut et fort le besoin de garder un dialogue ouvert et compréhensif avec l’UE, sans quoi la voie vers l’adhésion à l’Union menace de se refermer. Le président tente également de calmer les esprits dans son pays, suite aux manifestations à Belgrade ayant entraîné la mort d’une personne, brûlée, et non identifié jusqu’à ce jour. « Je condamne vigoureusement la violence, les pillages et les incendies qui se sont produits à Belgrade et au cours desquels une vie a été perdue ».
Côté européen, l’entente diplomatique reste également à l’ordre du jour. Javier Solana, Haut Représentant pour la Politique Commune Etrangère de l’UE, ne remet pas en question les relations liant la Serbe à l’Union, mais tente un appel au dialogue, et un retour au calme à Belgrade comme dans l’enclave serbe du Kosovo. « Les choses devront se calmer avant que nous puissions revenir à un climat permettant une reprise des contacts en vue d’un Accord de stabilisation et d’association ». Cet accord, conclut en 2000 avec une majorité d’Etats des Balkans, et ouvrant la voie progressive à l’adhésion, trace les étapes et les critères requis pour faire partie du club des nations de l’UE. Les dissensions sont pourtant palpables, particulièrement entre serbes et européens au sujet des criminels de guerre recherchés par le Tribunal pénal international de La Haye pour l’ex-Yougoslavie (TPI).
L’effet boomerang de l’indépendance
Dans ces régions du monde où les revendications sécessionnistes sont de taille, la reconnaissance d’un Kosovo souverain est indépendant de Belgrade pose évidemment problème. Combien de régions au monde souhaitent voir leur destin se profiler de la même manière ? Un éclairage sur la question est nécessaire. Les conditions dans chaque région et le contexte qui les entoure sont toujours particulières, mais juridiquement, tant que moralement, l’indépendance du Kosovo n’était pas une fin en soi. Ou même une priorité sur l’agenda des Nations Unies ou de l’Union européenne.
Justement, voilà tout l’enjeu de l’opération. L’effet de surprise, celui qui prenant de courts rivaux comme alliés, est réussi. Les déclarations et les menaces de part et d’autre se succèdent, mais tous les partis s’accordent sûrement sur ce point : Le Kosovo a proclamé son indépendance, c’est un fait accompli, un parfait coup de force politique… et aucune nation ne peut rien y faire, mis à part lui donner sa reconnaissance ou s’insurger avec la menace des mots. Ce que la Russie ne manque pas de faire, et il faut en déduire que ces menaces sont sérieuses.
Il est trop tôt pour envisager la suite des événements et anticiper la tournure que ceux-ci prendront, mais force est de constater ceci : les dirigeants du Kosovo ont joué la carte de l’indépendance avec tact et finesse, mais aussi avec une touche d’inconscience et d’idéalisme. C’était le moment opportun, et ils ont su le saisir. Mais gare aux conséquences. Il faudra tempérer, et faire en sorte que l’indépendance ne devienne pas un prétexte pour l’embrasement de tout un ordre établi.
Le Kosovo a proclamé son indépendance, mais le prix de cette auto proclamation reste incalculable à ce jour. Ce qui est certain, c’est qu’il augmente quotidiennement et qu’il sera lourd. Si la médiation internationale et le ballet diplomatique entre grandes puissances n’aboutissent pas, l’indépendance du Kosovo va inévitablement créer un tôlé d’envergure colossale.
Le statut de la province était déjà flou depuis la fin du conflit opposant la Serbie aux forces de l’Otan, en 1999. A l’époque, la Résolution 1244 des Nations Unies avait prévu l’autonomie de la province au sein de la Serbie, le tout administré par la Minuk (Mission des Nations Unies au Kosovo) et les forces de l’Otan. Mais avec l’indépendance autoproclamée du parlement kosovar à majorité albanophone, ce week-end dernier, c’est tout un système international qui s’ébranle et se froisse. Un séisme en somme.
Les déclarations par rapport à la création du nouvel État fusent de tous les côtés depuis dimanche dernier, la communauté internationale est embarrassée, et les divisions au sein de celle-ci deviennent de plus en plus visibles. La tension est réelle, palpable, et une étincelle suffirait à embraser la région. Bien que prévisible est réellement envisagée depuis la fin de la guerre, la proclamation d’indépendance de cette province serbe risque d’avoir des conséquences graves. En conséquence, il faut tempérer.
Le coût diplomatique, au delà des Balkans
Sans grande surprise, l’événement vient également frapper de plein fouet le dialogue entre la Russie et l’Union européenne (UE). Les relations entre ces deux entités, et le partenariat qu’elles s’étaient engagées à développer, sont donc sérieusement compromises. Tant sur le plan économique que politique ou sécuritaire, les relations se dégradent, les prises d’opposition se multiplient, et l’indépendance du Kosovo servira assurément de prétexte à la Russie pour inverser la vapeur dans les négociations d’un partenariat économique et énergétique avec l’UE.
Le précédent juridique que pose la reconnaissance d’un Kosovo indépendant risque aussi d’alimenter bien des tensions. Et c’est déjà le cas. La Russie, grande alliée de la Serbie, menace de représailles l’alliance nord atlantique et l’Union si ces deux organisations s’avisaient à contourner les Nations Unies. Dans un communiqué de presse repris par l’agence Ria, le ministère russe des Affaires étrangères n’hésite pas à revenir en force sur les événements de cette dernière semaine. « Les gens qui ont plaidé pour une proclamation unilatérale d’indépendance pour le Kosovo auraient dû en calculer les conséquences ».
Quelles conséquences exactement ? On aura deviné que le recourt à la force militaire russe n’est pas à exclure. « Si aujourd’hui l’Union adopte une position unie, ou si l’Otan dépasse son mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l’Onu et nous allons aussi partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu’on appelle une force armée […] », déclare Dmitri Rogozine, représentant de la Russie au Conseil de l’Otan, cité par l’agence Interfax. La Russie n’exclut donc plus le recours à la force militaire, en cas de défiance de l’UE ou des Etats-Unis envers Moscou et Belgrade.
Effusions de violence et appels au calme
La situation se dégrade donc au fil des jours, mais la diplomatie et les appels au calme ne sont pas encore renvoyés au placard. Boris Tadic, le président serbe, prône haut et fort le besoin de garder un dialogue ouvert et compréhensif avec l’UE, sans quoi la voie vers l’adhésion à l’Union menace de se refermer. Le président tente également de calmer les esprits dans son pays, suite aux manifestations à Belgrade ayant entraîné la mort d’une personne, brûlée, et non identifié jusqu’à ce jour. « Je condamne vigoureusement la violence, les pillages et les incendies qui se sont produits à Belgrade et au cours desquels une vie a été perdue ».
Côté européen, l’entente diplomatique reste également à l’ordre du jour. Javier Solana, Haut Représentant pour la Politique Commune Etrangère de l’UE, ne remet pas en question les relations liant la Serbe à l’Union, mais tente un appel au dialogue, et un retour au calme à Belgrade comme dans l’enclave serbe du Kosovo. « Les choses devront se calmer avant que nous puissions revenir à un climat permettant une reprise des contacts en vue d’un Accord de stabilisation et d’association ». Cet accord, conclut en 2000 avec une majorité d’Etats des Balkans, et ouvrant la voie progressive à l’adhésion, trace les étapes et les critères requis pour faire partie du club des nations de l’UE. Les dissensions sont pourtant palpables, particulièrement entre serbes et européens au sujet des criminels de guerre recherchés par le Tribunal pénal international de La Haye pour l’ex-Yougoslavie (TPI).
L’effet boomerang de l’indépendance
Dans ces régions du monde où les revendications sécessionnistes sont de taille, la reconnaissance d’un Kosovo souverain est indépendant de Belgrade pose évidemment problème. Combien de régions au monde souhaitent voir leur destin se profiler de la même manière ? Un éclairage sur la question est nécessaire. Les conditions dans chaque région et le contexte qui les entoure sont toujours particulières, mais juridiquement, tant que moralement, l’indépendance du Kosovo n’était pas une fin en soi. Ou même une priorité sur l’agenda des Nations Unies ou de l’Union européenne.
Justement, voilà tout l’enjeu de l’opération. L’effet de surprise, celui qui prenant de courts rivaux comme alliés, est réussi. Les déclarations et les menaces de part et d’autre se succèdent, mais tous les partis s’accordent sûrement sur ce point : Le Kosovo a proclamé son indépendance, c’est un fait accompli, un parfait coup de force politique… et aucune nation ne peut rien y faire, mis à part lui donner sa reconnaissance ou s’insurger avec la menace des mots. Ce que la Russie ne manque pas de faire, et il faut en déduire que ces menaces sont sérieuses.
Il est trop tôt pour envisager la suite des événements et anticiper la tournure que ceux-ci prendront, mais force est de constater ceci : les dirigeants du Kosovo ont joué la carte de l’indépendance avec tact et finesse, mais aussi avec une touche d’inconscience et d’idéalisme. C’était le moment opportun, et ils ont su le saisir. Mais gare aux conséquences. Il faudra tempérer, et faire en sorte que l’indépendance ne devienne pas un prétexte pour l’embrasement de tout un ordre établi.
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