"Je est un autre"

Publié le par P.F.

Ventriloques025.JPG     Mardi 12 février avait lieu la première représentation et la création mondiale de L'Ecole des ventriloques, d'Alejandro Jodorowsky, à la Balsamine. La pièce, interprétée par la Compagnie Point Zéro, mais aussi et surtout par ses magnifiques pantins, acteurs à part entière du spectacle, réussit à mêler la réflexion et la magie dans un conte philosophique plein d'humour et d'émotion.

     Au commencement, des battements de coeur. Dans une fenêtre de lumière barrée d'une croix commencent à vivre des images ; sur l'écran évolue quelque chose qui évoque le phoenix renaissant de ses cendres. Soudain, le coeur s'arrête de battre ; un pantin tombe du ciel et s'écrase sur le sol, devant un assemblage de grillages métalliques et de casiers rouillés qui font penser à une école à l'abandon. Doucement, les casiers s'ouvrent, laissant entrevoir des intérieurs capitonnés de cercueils. Petit clin d'oeil au métier d'acteur : sur la porte des casiers-cercueils, un miroir de loge entouré de loupiotes. Des personnages en soutanes, ainsi qu'une nonne, surgissent de la pénombre et s'approchent du pantin. Sous leurs caresses, celui-ci s'anime peu à peu... Et la magie s'installe dans la salle.

     Mais brusquement, le sortilège est rompu par des sirènes de police et des éclairages violents. Le pantin s'enfuit à toutes jambes, et au détour d'un mur revient sur le devant de la scène sous forme humaine. Il tombe alors nez à nez avec Don Crispin, ou plutôt avec le canon du revolver de celui-ci, qui nous éclaire un peu sur l'endroit où l'on se trouve : "Cet endroit est plus sévère qu'une prison. C'est une putain d'école." Bienvenue à l'école des ventriloques, où chaque personnage est dédoublé en un ventriloque et son pantin. Les pantins y sont cruels et n'ont aucune pitié les uns pour les autres ; ils représentent les faces cachées, les pulsions refoulées de leurs ventriloques. Mais qui est manipulé dans l'histoire ?

     Le nouveau-venu, qui se prénomme Céleste ("fils du ciel")  apprend rapidement le credo de l'école : "Moi, ce n'est pas moi" ; "Moi, c'est celui qui est tapi dans l'ombre de mon esprit" ; "Moi je m'efface pour que Cela advienne"...

     L'Ecole des ventriloques est un lieu étrange, où les personnalités se perdent avec passion. Céleste recherche avec avidité l'authenticité et la profondeur de son âme, dans un tourbillon de questionnements. Il franchit les étapes les unes après les autres, dans sa quête d'identité.

     Le grotesque est au centre de la mise en scène de Jean-Michel d'Hoop, et évoque le théâtre panique dont Jodorowsky est l'un des fondateurs. Ce théâtre avait pour particularité de libérer l'inconscient et de mêler les différentes disciplines artistiques pour obtenir un art total. Ici aussi, les marionnettes côtoyent les acteurs, les vidéos et la musique (interprétée en live par un ancien musicien du groupe belge Vénus) font partie intégrante du jeu. Alejandro Jodorowsky était présent pour la création de sa pièce ; on pouvait lire sur son visage sa satisfaction de l'interprétation grâce au sourire malicieux qu'il arborait... Un spectacle magnifique, qui passe du rire aux questions existentielles, et où la qualité de jeu des acteurs est surpassée par celle des pantins !

L'Ecole des ventriloques, d'Alejandro Jodorowsky, à Bruxelles le 16 février à la Balsamine et du 19 au 29 février au Théâtre Jean Vilar

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Publié dans Culture

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