« Je suis le roi du plagiat »

Publié le par S.M.

En ce mois de mars, le metteur en scène, auteur et chorégraphe Jan Fabre est devenu incontournable. Deux performances chorégraphiées aux Brigittines, deux expositions sur son travail à Bruxelles, une à Paris, mais aussi « Le roi du plagiat » au théâtre Varia. La pièce invite le spectateur à rentrer dans l’univers plastico-réflexif du géant flamand et de son acteur fétiche Dirk Roofthooft.

C’est l’histoire d’un ange – figure récurrente chez Jan Fabre – qui rêvait d’être un homme, un acteur, même, dans toute sa bêtise et son imperfection. C’est que sa condition unique l’ennuie, il voudrait se perdre dans une masse d’individus. Se fondre dans le public, par exemple, cette foule de « singes bavards ». Il s’entraîne alors à la grimace et à l’imitation.

La pièce est tendue de velours bleu orné de couronnes dorées, il y a des appareils de radiographie, des bocaux où nagent des cerveaux et une table d’opération. C’est le décor de la tentative de métamorphose de l’ange, qui pour ne pas s’envoler, porte des pierres en forme de cerveaux dans les poches de sa cape. Mais où aller chercher ce qu’il lui manque encore ? Il ira piller la pensée des plus grands. Les pierres se transforment alors en cerveaux sous le scalpel de l’ange chirurgien. Quatre Stein (pierre en allemand) : Ein-stein, Gertrud Stein, Wittgen-stein et Franken-stein, soient la science, l’art, la philosophie et l’intelligence artificielle. Il en incorpore quelques fragments dans sa propre boîte crânienne. Délesté de ses pierres, il reste les deux pieds au sol. L’attraction terrestre agit sur lui. Il est devenu un « singe bavard », fruit du plagiat de ses semblables.

Et après tout, pourquoi être tant obsédé par l’originalité ? L’ange, lorsqu’il vivait dans le ciel et contemplait les humains, a bien vu qu’ils ne faisaient qu’emprunter l’un à l’autre, de siècle en siècle. Le plagiat est la base de l’évolution humaine.

L’ange, au cours de sa métamorphose, discourt aussi sur l’art, l’animalité et le temps, grâce à la trentaine de montres, copiées bien entendu, qu’il porte aux poignets. Timide au début, il tente de séduire le public, à qui il veut ressembler (il va jusqu’à donner des pierres pour être lynché au cas où il jouerait mal). Il se fait de plus en plus expansif. Il saute, crie, déforme son visage, et se calme tout à coup. Sa nouvelle folie se fait polyglotte, puisqu’il hurle en français, en anglais ou en allemand, plaçant ci et là des refrains des Beatles ou des répliques de Shakespeare.

Dirk Roofthooft vient d’ailleurs de rentrer des Pays-Bas, où il jouait le même spectacle en néerlandais. Ce texte, qui avec ses  nombreuses répétitions prend une allure beckettienne, lui colle à la peau. En effet, Jan Fabre l’a écrit à la suite d’une longue série d’interviews du comédien. Son énergie, qui ne baisse pas une seconde lors de son seul en scène d’une heure et demie, n’occulte cependant pas les quelques manques de profondeur dans le propos. La pièce de Jan Fabre n’est sans doute pas à voir comme une pièce à thèse, mais comme une variation sur la beauté de l’imperfection humaine.


A voir :
« Le roi du plagiat » au théâtre Varia, jusqu’au 29 mars
« Angel of death » aux Brigittines jusqu’au 29 mars
« Le temps emprunté », exposition, au Bozar Expo jusqu’au 18 mai
Exposition de la collection du Group Verbaet aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles
« L’ange de la métamorphose », exposition au Louvre, Paris, du 10 avril au 7 juillet


Performance en vidéo, travail chorégraphique de Jan Fabre (le corps féminin dénudé peut choquer certaines personnes. A celles-ci nous déconseillons vivement de regarder ces images)



Publicité

Publié dans Culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article